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Intervention dans le cadre du Parlement
des Mémoires, proposé par la Compagnie Artisans de Mémoires
avec L'Institut des Droits de l'Homme de Lyon Université Catholique
de Lyon, les 14 et 15 mai 2004 Thèmes : Le Rwanda, 10 ans après le génocide. L' Europe, 1 mois avant les élections. Intervention d'Ignace Fabiani - Survie Rhône :
Bonsoir,
Merci à vous tous qui êtes venus assister à cette deuxième séance du premier Parlements des Mémoires.
Un grand merci aux organisateurs et à lInstitut des Droits de lHomme qui nous accueille.
Ce soir je suis là pour vous parler de la mémoire. Plus précisément de la mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Pourtant en 1994 javais seulement 10 ans et je vivais aux Etats Unis. Je ne me rappelle pas avoir réellement entendu parler du génocide à cette époque. On pourrait dire que je nen ai pas « la mémoire ». Et malgré cela aujourdhui je me sens suffisamment concerné par ce drame pour venir vous parler ce soir.
Quand jai découvert ce qui cétait passé au Rwanda, je me suis posée beaucoup de questions. Comment est-ce possible que des gens exterminent leurs propres voisins ? Comment est-ce possible que des foules dhommes, de femmes et denfants participent activement à un génocide ?
Et puis plus je me renseignais sur ce génocide plus les questions métaient nombreuses
Comment est-ce possible que la communauté internationale ait regardé ce drame sans bouger le petit doigt ? Que nous, nous ayons regardé ce drame sans rien faire ? Comment est-ce possible que la France notre pays, ait formé et armé des génocidaires en connaissance de cause ? Comment est-ce possible que des militaires français pendant lopération Turquoise dite « humanitaire » aient aidé les miliciens à « finir le travail », cest-à-dire à exterminer les Tutsi et à violer les femmes ?
Personnellement je nai pas envie de croire que cest dans ce monde-là que nous vivons. Je nai pas envie de croire que des Français aient pu à ce point simpliquer dans un génocide au Rwanda. Mais la réalité des faits est là et il nest plus possible de se taire.
Alors aujourdhui jai envie de parler, jai envie dagir. Et je pense que si nous sommes rassemblé là ce soir cest parce que nous reconnaissons que tout le monde à le droit au respect de sa mémoire et donc de sa dignité et que lavenir de lEurope ne peut se faire sur lignorance, loubli et le négationnisme.
10 ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, il est important de tenter de rétablir la vérité et les responsabilités à tous les niveaux, afin didentifier les changements nécessaires pour sengager sur un chemin différent. Il ny a pas davenir sans justice. En effet dans un monde où linhumain devient presque courant, la justice est devenue un des derniers recours contre la banalisation du mal et du crime des crimes quest le génocide. Il apparaît fondamental de chercher à comprendre « quest-ce qui sest passé au Rwanda », car si lon ne comprend pas ce qui sest passé, alors cela peut se reproduire. De même, je ne pense pas que nous français, nous pouvons avancer comme nation, comme pays en gardant le silence là-dessus, sans essayer de comprendre quel a été le rôle de notre pays dans ce génocide, de comprendre ce qui a permis cela, ses racines, et ce qui doit aujourdhui changer.
Dans un sens, il sagit de s'inviter à un questionnement qui ne concerne pas que les gouvernements, mais aussi les partis politiques, les courants de pensée, les associations et avant tout soi-même. Comment avons-nous réussi à garder le silence pendant 10 ans ? A ne pas voir ? Et s'il y avait d'autres choses qu'aujourd'hui nous ne parvenions pas à voir ? Quel vivre-ensemble faut-il promouvoir pour que ce ne soit plus possible de pratiquer une telle politique ?
Toutes ces questions nous amènent à nous interroger plus profondément sur le mépris des peuples et pose la question de lindifférence à lhomme. Invariablement la question posée par le Général Dallaire, lancien commandant des forces de lONU au Rwanda, me revient à lesprit : « Tous les hommes sont-ils des êtres humains, ou certains sont-ils plus humains que dautres ? »
Ça cest une question fondamentale.
Le problème cest que ce nest pas seulement François Mitterrand et les politiciens et militaires français qui considèrent que « Dans cest pays-là un génocide cest pas trop important ». Aujourdhui, il me semble quon observe un désintérêt croissant des Français pour ce qui se passe en Afrique.
Or on se rend bien compte que nous nous sentons concernés avant tout par ce ou ceux que nous aimons, ou du moins que nous appréciions. Si nous voulons que les Français se sentent concernés par ce qui se passe en Afrique, je pense quil faut aussi trouver une manière de leur faire aimer lAfrique, en donnant une autre image de ce continent et de ses peuples, cest-à-dire de montrer que contrairement aux stéréotypes répandus, lAfrique nest pas seulement un continent ravagée par la misère et les famines, avec des sauvages qui sentre-tuent.
Aujourdhui il est donc très important de bien comprendre deux choses.
Dune part que les problèmes africains ont souvent des causes occidentales pour ne pas dire françaises. Ainsi, pour revenir à mon propos originel, après les travaux de la Commission dEnquête Citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi organisée par quatre associations dont Survie du 22 au 26 mars 2003, nous sommes bien obligés de reconnaître que ce génocide naurait pu avoir lieu sans un soutien inconditionnel de certains politiciens et militaires français. Malheureusement, le Rwanda nest que le pire exemple de la politique criminelle et raciste que la France mène en Afrique, où elle pille les ressources, entretient parfois les deux camps dune guerre civile comme en Angola, prolonge des dictateurs qui ne tiennent que grâce à son soutien par exemple Eyadéma au Togo, Déby au Tchad
Une fois que nous avons montré que nombre de guerres et de problèmes en Afrique ont souvent comme acteur principal la France, il est aussi fondamental de montrer que lAfrique ne se résume pas seulement aux guerres
Nous sommes rassemblés ce soir pour parler de limportance de la mémoire. Mais la mémoire ne peut suffire si elle se contente de commémorer le passé. La mémoire doit pouvoir nous aider à bâtir un avenir qui soit plus vivable pour tous.
En tant que citoyens français, il est donc important pour nous de dénoncer la politique que notre pays mène en Afrique, mais nous devons aussi chercher à donner une nouvelle image de lAfrique, cest-à-dire de montrer une Afrique où un certain nombre de personnes, de résistants, disent « non » au système doppression, ont le courage de se battre pour améliorer le sort de leur pays, de leur continent. Nous devons aussi nous placer en soutien à ces résistants.
Aujourdhui, les victimes du génocide, nont pas besoin de notre pitié, ils ont besoins de notre soutien, mais aussi et surtout ils ont besoins de notre estime. Besoin dêtre considéré comme des hommes et femmes a part entière qui aujourdhui ont le courage de se battre pour reconstruire leur pays.
Je le disais précédemment, je pense que nous devons trouver des moyens de faire aimer le Rwanda et lAfrique aux français en cherchant à faire connaître la culture, les solidarités, et les initiatives qui y existent.
Le Rwanda ne peut être uniquement synonyme de « génocide » dans la tête du monde. Il faut trouver des moyens pour que nous puissions réellement aller à la rencontre les uns des autres en étant fiers et dignes de ce que nous sommes. Cela peut peut-être se faire par des échanges sur la cuisine, le chant, la danse, lart,
Jinsiste une dernière fois sur le fait que cest important de remettre en cause les relations incestueuses que la France entretient avec ses anciennes colonies, mais que la dénonciation ne peut suffire à elle seule pour obtenir une réelle prise de conscience des gens. Il faut contribuer à valoriser les initiatives africaines car il faut que les Africains puissent être fiers de leur continent. Non lAfrique nest pas simplement un problème, elle à aussi une histoire riche de sagesse à nous transmettre.
Aujourdhui, la démarche que nous entamons ensemble à travers ce Parlement des Mémoires ne peut sarrêter à une simple recherche de la vérité, une simple mise à jour de la « mémoire ». Nous avons franchi un premier pas très important en décidant de chercher à « décloisonner les mémoires ». Il nous faut aller plus loin.
Nous devons donc dépasser la simple commémoration de la mémoire, pour aller jusquà une réelle prise de conscience. Le chemin sera encore long pour créer d'autres relations entre des pays et des peuples qui peuvent encore si peu s'aborder sur un pied d'égalité. Partout à travers le monde, même ici à Lyon ou tant de familles usent leur vie, voient leurs liens familiaux brisés dans des logements insalubres qui ressemblent fort à des bidonvilles, l'homme demande à l'homme « qui suis-je pour toi ? ». Mais oui au fond, « qui suis-je pour toi ? »
Il s'agit de réfléchir sur notre manière d'agir dans notre vie de tous les jours et d'assumer les responsabilités individuelles et collectives qui découlent de notre citoyenneté, pour aller vers des relations beaucoup plus équilibrées où le Nord peut apprendre du Sud, ou ceux qui sont intégrés dans la société peuvent apprendre de ceux qui vivent lexclusion, tout en se respectant.
Merci
Je demande donc que le France ouvre une véritable Commission dEnquête Parlementaire sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 et que les responsables présumés soit poursuivis en justice que se soit devant le TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) ou devant la justice française. Ignace Fabiani contact : ignacefabiani(a)yahoo.fr
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